De plus en plus de jeunes maliens se lancent dans ce secteur longtemps dominé par les étrangers
Mercredi 13 novembre. Il est 10 heures. Nous sommes dans l’atelier du jeune réparateur de téléphone, Boubacar Konaté dit Bross. Quelques minutes après notre arrivée, une jeune fille se présente avec son téléphone portable. “Bross, dit-elle, met mon téléphone en français”. Le jeune homme saisit l’appareil. Après quelques tentatives, il consulte son “patron” un Burkinabé nommé Boubacar Sow. Ce dernier tente aussi, sans succès. Le patron explique à la jeune fille que son portable ne contient pas le logiciel en français.
Depuis quatre ans, Boubacar Konaté est devenu un réparateur de portables de renom. Du haut de ses 25 ans, rien ne prédestinait pourtant le jeune “Bross” à l’électronique. Lui qui a abandonné volontairement les bancs, avec l’avènement du téléphone mobile pour se consacrer à la vente de pochettes, d’accessoires et autres consommables.
C’est dans ce petit métier qu’il fit la connaissance d’un certain Mohamed Sow, un autre Burkinabé qui excellait dans la réparation des portables. Très vite, un climat de confiance s’instaure entre les deux garçons. Par finir, ils devinrent de vrais complices. Profitant de cette situation, le jeune Boubacar réussi à comprendre beaucoup de choses sur le téléphone portable.
Lorsque son copain Mohamed entreprit de créer une sorte de GIE qui devait regrouper des réparateurs, Boubacar décide de faire cavalier seul et s’installe à son propre compte. Depuis, les choses marchent bien pour lui.
De nos jours, l’homme est parmi les réparateurs de téléphones les plus connus de la capitale. “C’est un métier qui m’a beaucoup rapporté. Avec l’argent que je gagne, je me suis marié et j’ai acheté deux parcelles de terrain. J’ai fini de construire ma maison sur l’une”, nous révèle notre interlocuteur qui affirme vivre bien de son métier.
Comme beaucoup de dépanneurs de téléphones portables, il appelle de ses voeux l’ouverture d’un centre de formation qui lui permettra d’approfondir ses connaissances et d’être mieux apte à satisfaire la clientèle.
Bouna Séméga est un autre jeune qui a trouvé son compte dans le métier. Âgé de 37 ans, Bouna est un ancien expatrié qui, depuis quatre ans, est à la tête d’un groupe d’une dizaine de jeunes que lui-même à former à réparer les téléphones portables.
C’est vers 2000 que Bouna est rentré au pays après plusieurs années à l’extérieur sans trouver son chemin. Son arrivée a coïncidé avec l’avènement du GSM dans notre pays. Bouna profite de sa petite expérience en informatique pour se lancer dans le dépannage des téléphones mobiles. Le boulot lui réussit et il devient l’un des premiers réparateurs maliens à s’installer devant les locaux de Malitel. “Quand j’arrivais, les Ivoiriens et les Burkinabés étaient les seuls maîtres sur le marché. Mais au fil du temps avec d’autres jeunes, je me suis battu pour apprendre et aujourd’hui ça marche bien”, se félicite notre interlocuteur qui jure de ne plus quitter son pays. “J’ai trouvé dans mon pays un travail décent qui me permet de bien vivre”, nous confie notre interlocuteur.
Aujourd’hui, Bouna a développé un réseau de partenariat avec les grandes firmes internationales qui lui facilitent son travail. Il dispose d’un ordinateur connecté 24 heures sur 24 à Internet à partir duquel il saisit les firmes selon la marque de portable. “Je suis à tout moment en communication avec les firmes pour avoir le code de décodage de tel ou tel portable”, indique Bouna.
Selon lui, la première cause des pannes de portables dans notre pays est la perte de réseau ou le codage. Si la première cause est due aux facteurs telles les chutes de portables et autres, la seconde est surtout observée sur les portables utilisés en Europe. Ces appareils sont en effet codés par les opérateurs de GMS qui opèrent dans ces pays.
Pour décoder, Bouna envoie les renseignements de l’appareil à la firme qui lui envoie à son tour un code contre le paiement de 20 euros soit 12.000 Fcfa par code envoyé.
En plus de son travail, Bouna a réuni autour de lui un groupe de jeunes qu’il a formé et qu’il aide dans le métier. “Chacun travail pour son compte. Mais ce qui nous intéresse est l’échange d’expérience que nous faisons dans le groupe”, indique-t-il en souhaitant lui aussi l’ouverture d’un centre de formation afin de mieux former les jeunes. “Le secteur du GSM peut donner de l’emploi à beaucoup de jeunes si les autorités y prêtent une attention”, indique Bouna qui souhaite la création d’une organisation afin d’assainir la profession.
Abdoulaye Fofana est lui aussi un jeune dépanneur de téléphone portable. Un métier qu’il appris aux côtés d’un jeune Ivoirien du nom de Famory Doumbia. Âgé de 25 ans, Abdoulaye Fofana était tout d’abord un dépanneur de téléviseurs et de radios. Ce métier lui a permis d’avoir une grande expérience dans l’électronique.
C’est vers 2001 qu’il fit la connaissance de Famory qui faisait seulement le décodage et le flashage des portables. Profitant se son expérience dans la soudure, Abdoulaye approcha Famory qui, au fil du temps, devient l’un de ses meilleurs compagnons. C’est ainsi que petit à petit, Abdoulaye acquis une connaissance dans le dépannage à côté de son ami qui lui ouvrit son coeur.
Aujourd’hui, le jeune Abdoulaye travaille à son propre compte. Il se fait assister par un autre ami nommé Alou Siminta devenu son meilleur complice. Les deux jeunes hommes ont ouvert un atelier et ne manquent pas de clients. “C’est un métier très rentable. Nous voulons montrer aux autres jeunes qu’on n’a pas besoin d’aller en Europe pour se faire de l’argent”, soutient Abdoulaye qui, avec l’argent qu’il gagne, vient d’acheter une voiture de même que son ami Alou.
Abdoulaye et Alou voient plus grand. Ils envisagent dans le futur de transformer leur atelier en une grande clinique pour portable et d’investir dans d’autre secteur du GMS. Ils adhèrent à l’idée de création d’un centre de formation et de perfectionnement afin d’assainir la profession.
Be COULIBALY
