L’introduction des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement en Afrique, fait l’objet d’un débat entre les experts
Avec 10 % de la population du globe, l’Afrique subsaharienne ne dispose que de 0,1 % des connexions mondiales à l’Internet, selon le Rapport annuel du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Rien d’étonnant, car le téléphone et l’ordinateur restent encore un luxe pour des millions d’Africains. Seulement 0,4 % de la population africaine utilise l’Internet. Et pour cause : l’installation du téléphone reste encore cher. Selon l’Union internationale des télécommunications, la connexion téléphonique de 5 % d’Africains nécessiterait un investissement de 50 milliards de dollars soit environ 24.000 milliards de Fcfa. Or, selon la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), ce montant dépasse largement les capacités de financement du secteur public, selon l’institution onusienne. Par ailleurs le micro-ordinateur reste encore hors de portée de nombre d’Africains.
L’inclusion numérique. Dans ce contexte général, l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans les écoles africaines est-elle techniquement possible ? La plupart des experts répondent par l’affirmative. Et la réalisation de certains projets vient appuyer cette position. L’Université virtuelle africaine fonctionne depuis quelques années avec succès dans notre pays notamment. Il en est de même du programme de recherche dans le domaine des TIC pour l’éducation concocté par School Net Africa. Cette ONG panafricaine indépendante a pour principal objectif la promotion dans les écoles de l’enseignement utilisant les TIC, en partenariat avec un réseau de praticiens fonctionnant dans plus de 30 pays d’Afrique. Le projet baptisé «Un million d’ordinateurs pour les écoles africaines : appel aux partenaires» participe de la même philosophie. Il vise à accroître l’accès aux TIC de millions d’étudiants africains.
Comme la Banque mondiale, School Net Africa milite en faveur de l’accélération de ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’inclusion numérique dans les systèmes éducatifs en Afrique. De même le projet e-school du Nepad permettra la connexion de 600.000 écoles à Internet. Ces institutions et projets encouragent la multiplication des actions d’appui au raccordement des écoles à Internet.
Mais cette position est ouvertement critiquée par Lalla Ben Barka. «Au Mali dans l’éducation, nous avons reçu de nombreuses offres de donateurs, qui nous parlaient de classes du primaire équipées d’ordinateurs. Nous leur avons dit : “Nous savons que les avantages potentiels seraient énormes, mais il faut d’abord que nous y soyons préparés”, a indiqué la secrétaire exécutive adjointe de la CEA.
Priorité au contenu. Pour notre compatriote, un certain nombre de dispositions devraient être prises avant de procéder à l’introduction des TIC dans les écoles. En premier lieu, la définition d’un contenu africain sur Internet. «Nous avons commis des erreurs en acceptant des informations et des connaissances de l’extérieur que nous n’avions pas assimilées. Nous devons produire nos propres connaissances», soutient-elle. Avant d’ajouter : «Si nous n’avons pas notre propre vision d’avenir et nos propres sites, nous resterons de pauvres consommateurs, submergés par des informations mal digérées, venant de l’extérieur.»
En clair, il faut accorder la priorité au contenu de l’enseignement, aux connaissances transmises aux élèves africains à travers les TIC. Selon une enquête l’Afrique ne produit que 0,4 % de l’Information contenue sur Internet et si on excluait l’Afrique du Sud, l’Afrique ne générerait que 0,02 % du contenu mondial de l’Internet.
Be COULIBALY