Rayonnements ionisants : CES DANGERS INVISIBLES

Personne n’est à l’abri. Car ils proviennent des appareils électriques ou électroniques utilisés dans de nombreux domaines

Les radiations ionisantes sont des rayonnements électromagnétiques ou particulaires possédant une énergie associée supérieure à 10 électron-volt (eV). En dessous de cette valeur en énergie, les radiations sont dites “non ionisantes” et on y classe notamment les rayonnements ultraviolets ou encore les champs électromagnétiques de très basse fréquence. Ces derniers, bien que “non ionisants”, ne sont pas pour autant dépourvus d’effets pathologiques chez l’homme ou l’animal.
Quant aux radiations ionisantes, elles sont susceptibles de s’accumuler et d’aboutir à de lésions (cancer, leucémie) parfois très tardivement à savoir 10 à 20 ans après l’exposition aux rayons. Les cancers les plus fréquents sont le cancer de la peau, du poumon, de la glande mammaire. Les autres organes peuvent être souvent touchés même si cela se manifeste plus tardivement.
Les humains sont exposés aux radiations selon différentes voies d’atteinte (externe ou interne). Les rayonnements pénétrants issus de sources externes tels que les corps radioactifs, les appareils électriques accélérant des particules sont les contributeurs d’une irradiation externe. Les substances radioactives présentes dans l’environnement ou dispersées dans l’environnement par l’homme participent à la contamination interne des personnes soit par inhalation (gaz, aérosols..), soit par ingestion au travers de la chaîne alimentaire qui conduit souvent à des processus de re-concentration des toxiques.
L’origine des expositions aux radiations ionisantes peut être naturelle, cosmique et tellurique ou artificielle (anthropologique).
La transmission à la descendance d’une anomalie génétique survenant à cause de l’irradiation ionisante semble concerner environ 1 à 2 % de la population, selon des études scientifiques. Selon une récente étude de la Direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, plus de 260.000 travailleurs sont exposés aux rayonnements ionisants dans le monde.
Le Comité BEIR de l’Académie des sciences États-Unis a récemment évalué entre 15.400 à 21.800 le nombre de cancers du poumon dû, chaque année, au sein de la population américaine, au radon domestique. Toujours selon l’Académie américaine, il représenterait la deuxième cause du cancer du poumon après le tabac. Les radiations ionisantes sont aussi mortelles lorsque la dose reçue est élevée chez l’homme.
Notre pays n’est pas encore à ce niveau. Cependant la menace de maladies dues à l’irradiation est réelle dans notre pays du fait de l’importation de certains types d’appareils. Les investigations menées récemment par l’Agence malienne de radioprotection dans les régions de Kayes, Koulikoro, Ségou, Sikasso, Mopti et dans le district de Bamako ont montré qu’il existe des sources de rayonnement ionisant dans notre pays. Parmi les sources figurent des appareils de mammographie, de radiographie, les appareils de radiothérapie ou de médecine nucléaire utilisés dans la médecine et les scanners entre autres.
A cela s’ajoutent les appareils servant de jauge de densité du sol et de minerais utilisés par les sociétés minières, l’azote, le phosphore utilisés dans la recherche agricole, les lignes de haute tension, etc. Les sources de radiations sont particulièrement utilisées dans les domaines de la santé, de l’agro-industrie et de l’industrie en général.
“Ce sont des sources de radiation qui, lorsqu’elles sont mal utilisées ou manipulées ou abandonnées dans la nature, peuvent provoquer des irradiations sur l’homme ou contaminer l’environnement”, a expliqué Nagantié Koné, directeur général adjoint de l’Agence malienne de radioprotection (Amarap).

Contrôle nécessaire. Le qualificatif de “ionisant” désigne le mécanisme initiateur qui sera à l’origine même de la toxicité de cette classe de radiations. Sur son parcours, une radiation crée en moyenne une paire d’ions pour un dépôt d’énergie de 33 eV. Ainsi, une particule alpha générera plusieurs paires d’ions sur un parcours dans les tissus, a expliqué notre interlocuteur qui a précisé : “de par leur énergie, certains rayonnements ionisants peuvent être pénétrants, c’est-à-dire qu’ils peuvent traverser la matière et blesser l’ADN chez l’homme. Ces rayonnements ionisants ont une action néfaste sur les cellules de l’organisme. Ils décomposent les molécules d’eau des cellules et provoquent des lésions de l’ADN. Ainsi il en résultera des mutations et des morts cellulaires pour des doses très élevée”.
Personne n’est à l’abri des rayonnements ionisants. C’est pourquoi le contrôle est nécessaire. Au Mali, il n’y a pas eu encore de cas déclarés de personne victime des rayonnements ionisants. Mais le risque est là car les sources de radiation sont utilisées dans plusieurs domaines de la vie pratique, a confié notre interlocuteur.
Les rayonnements ionisants peuvent atteindre l’homme par plusieurs voies. Parmi lesquelles le contact direct avec une source de radiation, le fait d’être exposé à une source de radiation, le contact avec un objet contaminé ou à travers un environnement contaminé.
“Les rayonnements ionisants ne sont pas visibles à l’oeil nu, mais peuvent contaminés n’importe quel produit. Il peut exister pendant plusieurs années et ne peut être détruit que par le cantonnement”, a expliqué Nagantié Koné qui a ajouté que “lorsque une source de radiation contamine le sol et que vous cultivez sur ce terrain, les produits sont contaminés par la suite et peuvent être impropres à la consommation quand le niveau de contamination atteint une dose élevée”.
C’est pour prévenir les risques d’irradiation ou de contamination de l’environnement que les pouvoirs publics ont créé en 2002, l’Agence malienne de radioprotection (Amarap) dont la mission est de contrôler l’importation de tous les appareils qui peuvent être des sources de radioactivité ou des générateurs de rayonnements. L’Amarap est chargé aussi d’appliquer la loi et de protéger les travailleurs et leurs employeurs à travers le suivi dosométrique. L’Agence a pour tache aussi de sécuriser l’ensemble du territoire contre les rayonnements ionisants.
L’Amarap dispose à cet effet d’un laboratoire d’analyse, la première du genre en Afrique qui sera bientôt opérationnelle. Il permettra d’analyser les doses de radiation des produits alimentaires importés dans notre pays, mais également de délivrer le certificat de non radioactivité aux produits alimentaires à destination ou en provenance de notre pays.
“Personne ne doit aujourd’hui importer un appareil générateur de rayonnement sans l’avis de l’Amarap. Mais cela n’est pas le cas aujourd’hui. Car les gens sont mal informés ou souvent violent la réglementation. Nous apprenons en longueur de journée des appels d’offre pour l’importation de matériels de toutes sortes mais jamais appel n’a été fait à l’Amarap pour le contrôle”, a déploré Koné qui conseille une prise de conscience du danger. “Nous sommes dans un monde en mutation où la machine est devenue un instrument incontournable. Cependant, il faut veiller à ce que ces instruments ne mettent pas en danger la vie des populations.”
Be COULIBALY

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