Des étudiants maliens suivent en temps réel les cours de grandes universités européennes et américaines. A partir des salles de classe à Bamako
Le manque d’enseignant de qualité et en nombre suffisant est un problème commun à l’éducation en Afrique. Pour combler cette lacune, les technologies de l’information et de la communication offre une solution idoine. Tout en restant chez eux, les étudiants africains peuvent suivre de cours dispensés dans les grandes universités de par le monde. Ce genre d’enseignement, appelé enseignement à distance, a pour avantage de favoriser le transfert de compétente et de savoir entre pays du Nord et ceux du Sud mais également entre pays du Sud.
55 centres à travers l’Afrique. C’est dans cet esprit et sur l’initiative de notre compatriote et navigateur interplanétaire, Cheick Modibo Diarra qu’a été créée en 1997 l’Université virtuelle africaine (UVA) avec le soutient de
la Banque mondiale et du gouvernement canadien. Organisation non gouvernementale, l’UVA dont le siège est à Nairobi au Kenya dispose de nos jours de 55 centres à travers l’Afrique. Le centre de Bamako appelé centre d’enseignement de l’Université virtuelle africaine de Bamako a vu le jour en septembre 2004 grâce aux efforts des hautes autorités scolaires.
L’engouement vers l’enseignement à distance devient de plus en plus forte dans notre pays. Le centre d’enseignement de l’Université virtuelle africaine de Bamako et l’Université numérique francophone mondiale (UNFM) installés dans les locaux de l’école nationale d’ingénieurs (ENI)en sont une bonne illustration.
Une salle équipée de matériels informatiques, des jeunes gens portant des écouteurs à l’oreille et pianotant sur le clavier des ordinateurs… Devant eux, se dresse un écran géant sur lequel paraient alternativement des écritures et des images… Nous sommes dans la salle de cours du CEUVA de Bamako, située au troisième étage.
C’est ici que les étudiants suivent depuis l’université de Laval au Canada des cours théoriques en même temps que leurs camarades de 8 pays francophones d’Afrique. Ils sont pour cette première promotion 29 étudiants ont 4 filles retenus par les responsables de l’université de Laval suite à une sélection de dossiers. 35 étudiants des séries scientifiques avaient été soumis à cette épreuve.
Pour cette première promotion, le CEUVA de Bamako propose un programme de formation en génie informatique. Le choix de ce programme est de doter notre pays d’une masse critique d’informaticiens capables de répondre aux besoins des utilisateurs. Il s’agit de former des spécialistes en programmation et en création de logiciels. Dans ces domaines, la demande est assez forte sur le marché de l’emploi, a expliqué le chargé de formation, Ibrahima Issa Sidibé. Outre la formation en génie informatique dont la durée est de quatre ans et sanctionnée par un diplôme de l’université de Laval, le CEUVA de Bamako offre aussi des formations de courte durée en anglais et en informatique qui se terminent par des attestations.
300.000 Fcfa par an. L’avantage de l’enseignement à distance est qu’il permet de réduire le coût de la formation tout en offrant aux étudiants une formation de qualité. Le coût de la formation est relativement moins cher. Car les étudiants maliens payent 300.000 Fcfa par an alors que le coût réel de la formation varie entre 8 à 12 millions de Fcfa, a expliqué le directeur du centre Dogo Moussa Koné.
L’enseignement à distance est aussi une réponse aux effectifs pléthoriques car plusieurs centaines d’étudiants peuvent suivre en temps réel le même cours sans être regroupés dans la même salle. “Il suffit que les installations de transmission soient mises en place pour que le maximum d’étudiants profitent d’un cours dispensé en dehors du continent par un enseignant de haut niveau. En plus, le cours est interactif”, a expliqué notre interlocuteur.
Bargo Boureïma et Serge Lankoande sont des étudiants en génie informatique du centre CEUVA de Ouagadougou. Pour eux, l’enseignement à distance est un atout pour les jeunes africains. “Nous recevons les mêmes cours que les étudiants de l’Université de Laval, c’est merveilleux. Et à la fin de notre formation, c’est le même diplôme alors que nous sommes chez nous. Les cours sont de qualité et nous discutons en temps réel avec les professeurs. Un autre avantage est que nous pouvons réécouter les cours qui sont toujours téléchargés sur les PC”, se réjouissent les étudiants burkinabé.
Aïssata Traoré et Alioune Badra Soumaré du CEUVA de Bamako partagent l’avis de leurs camarades burkinabé. “L’enseignement à distance nous permet d’étudier dans les grandes Universités sans faire de déplacement. Le monde nous est ouvert et nous pouvons discuter avec d’autres étudiants étrangers. C’est vraiment un enseignement de qualité”, se réjouissent-ils.
Priorités santé et éducation. L’Université numérique francophone mondiale (UNFM), fondée en 2005 par Cheick Modibo Diarra celui-là même qui fut à l’origine de l’UVA, est un autre centre d’enseignement à distance abrité par l’École nationale d’ingénieurs (ENI). Fruit du partenariat entre Pathfinder, l’Université Senghor d’Alexandrie et le Fonds pour l’innovation politique, l’UNFM propose des cours magistraux des universités françaises, canadiennes, belges et suisses.
La liaison est effectuée grâce à des bornes satellitaires et des V-Sat sur les sites des universités numériques situés en Afrique. Les programmes offerts portent sur la santé et l’éducation qui sont des domaines prioritaires sur notre continent. Les étudiants assistent en direct aux cours sur des écrans géants et discutent avec les professeurs en temps réel.
Le centre de Bamako qui est à sa première promotion compte 13 agents professionnels de la santé. Au départ le centre était en essai et la formation portait sur un stage. Mais les résultats ayant été concluants, il a décidé d’en faire une formation diplomante qui durera 2 ans. “L’enseignement à distance de l’Unfm nous permet de faire une formation continue, de nous recycler afin d’apporter un plus à nos prestations de soins”, a soutenu Broulaye Yossi, infirmier de son état. Son camarade Fatoumata Traoré est du même avis. Pour elle, l’enseignement à distance est une innovation qui permet aux apprenants d’être en phase avec les réalités grâce à la qualité de l’enseignement.
Pour l’année scolaire 2005-2006, les modules de formation ont porté sur les décisions de soins et d’alerte, la vaccinologie, le VIH/Sida, etc. Pour la prochaine rentrée, d’autres programmes comme les relations entre territoire et santé, la protection de l’environnement, les sciences de l’ingénierie et l’informatique verront le jour, nous a confié Kalilou Sidibé, maître assistant à l’ENI.
Be COULIBALY